Raphaël Glucksmann à Jonquières, dans l'Aude le 12 août 2026 ( AFP / Valentine CHAPUIS )
Désigné candidat de la gauche social-démocrate, Raphaël Glucksmann, qui avait séduit la jeunesse avec son combat pour les Ouïghours lors de son premier mandat européen, peine aujourd'hui à les attirer, alors que Jean-Luc Mélenchon a largement pris le leadership à gauche sur cet électorat.
En pleine mobilisation des lycéens, le patron de Place publique, qui a largement remporté dimanche la primaire de l'espace social- démocrate, pâtit de la comparaison avec le leader Insoumis, en première ligne pour soutenir le mouvement lycéen.
Le quadruple candidat à la présidentielle, devenu une star dans les manifestations, recueille 41 à 43 % des intentions de vote chez les électeurs de 18 à 24 ans certains d'aller voter, selon un récent sondage Ipsos-BVA Cesi école d'ingénieurs. Devant Marine Le Pen (20 à 22 %), et très loin devant Raphaël Glucksmann (5 à 6%).
L'eurodéputé a rencontré des lycéens, notamment lors d'un déplacement à Marseille, mais il ne s'est pas rendu dans les cortèges. S'il juge leurs revendications légitimes, il estime en effet que "le rôle d'un politique n'est pas d'aller manifester mais d'apporter des réponses".
Il propose notamment un plan de sauvetage de l'école publique sur cinq ans, avec une hausse de la rémunération des enseignants, une baisse du nombre d’élèves par classe et la rénovation du bâti scolaire. Il prévoit également de conditionner l'octroi des aides publiques à des critères de mixité sociale et l'abrogation de la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur Parcoursup.
Mais "il a peur d'aller dans les manifs. Il sait très bien qu'il risque de ne pas être très bien accueilli", ironise un cadre Insoumis, l'accusant de positionnements proches de la Macronie.
Raphaël Glucksmann à Cléon en Seine-Maritime le 2 octobre 2026 ( AFP / Guillaume SALIGOT )
"Il est personna non grata dans toutes les manifestations avec des jeunes", comme les mobilisations lycéennes ou les marches climat, déplore aussi un élu de gauche non mélenchoniste.
Le même rappelle qu'avant les européennes de 2024, Raphaël Glucksmann était pourtant "le politique le plus apprécié des jeunes", enthousiasmés notamment par son combat pour défendre les Ouïghours, une minorité musulmane persécutée en Chine.
"Aujourd'hui, les Ouïghours, il n'en parle plus. Il ne porte aucun combat, il se contente de dire +pas Mélenchon+. Il a prêté le flan à être taxé de droite et ne peut plus parler à la jeunesse", regrette cet élu déçu.
"Place aux jeunes"
"Raphaël (Glucksmann) a toujours parlé à la jeunesse, il lui a même écrit un livre +Lettre à la génération qui va tout changer+" (2021), défend au contraire Théophile Toussaint, membre de Place publique.
Raphaël Glucksmann à Bram, dans l'Aude, le 19 septembre 2026 ( AFP / Ed JONES )
Le jeune homme de 28 ans, qui a été convaincu de s'engager en politique avec ce récit, est à l'initiative, avec d'autres, d'un mouvement de jeunes autour du candidat, baptisé "Place aux jeunes", qui devrait voir le jour "dans les prochaines semaines" et rassembler des membres de Place publique, du PS et des Ecologistes, espère-t-il.
Persuadé qu'il y a "une envie de social-démocratie" parmi la jeunesse, il assure que ces derniers "n'ont pas lâché" Raphaël Glucksmann, mais que "quand on défend une cause comme les Ouïghours, on a beaucoup plus d'impact, car c'est concret".
Pour Rémi Boussemard, président des Jeunes socialistes, "quand on est ambitieux sur les propositions, on peut convaincre la jeunesse", mais il faut "bousculer le système", par exemple en défendant l'idée d'un "revenu jeune".
"Il y a eu une jeunesse Glucksmann. La question, c'est comment on la retrouve", abonde un responsable socialiste, qui estime que "l'instrumentalisation et l'essentialisation" de l'eurodéputé par LFI autour de Gaza "a sans doute joué", car la conscience politique d'une partie de la jeunesse "est née avec le 7-Octobre et ses conséquences".
Raphaël Glucksmann relève pour sa part qu'à partir du moment où il a présenté "un programme général de la gauche démocratique", il a été perçu "comme ayant une radicalité pas assez forte".
"Le discours rationnel et nuancé n’est pas forcément le plus attrayant pour la jeunesse", a-t-il reconnu en petit comité en septembre.
Sur France inter lundi, il a affirmé vouloir proposer "un horizon de transformation qui soit suffisamment radical pour convaincre" cet électorat, avec en première ligne sa "révolution écologique", un des marqueurs de son programme.
Il a aussi promis d'être le candidat de la "rupture" avec les années macronistes, mais d'"une rupture réaliste".

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